L’histoire du foyer Maraé

Madame Finance était une jeune ouvrière, avant d’épouser un riche commerçant de Nancy. Devenue veuve, sans enfant, relativement jeune, l’ennui l’habite. Elle voyage beaucoup. Or, à Nice, elle rencontre un Dominicain, le père Delors à qui elle se confie.

Le conseil religieux est efficace. Pourquoi ne pas aider les jeunes ouvrières en bâtissant un lieu d’accueil ? Conseil écouté et réalisé. Madame Finance revient à Nancy, confie son projet au cabinet d’architecte de Monsieur Rougieux.
Le terrain acheté au lieu actuel du Foyer se situait à la limite de la ville, à l’ombre de la porte St Georges et de l’Octroi.

facade

Les plans sont établis dans les moindres détails avec le confort et l’hygiène de l’époque mais avec le chauffage central ! Et le 1er mai 1910, l’inauguration de la «Maison de Famille pour Jeunes Filles isolées» est ouverte. Nancy devait attendre cette maison d’accueil car les demandes affluèrent et les chambres étaient rarement inoccupées.
Il semble que, durant 10 ans, Madame Finance ait gardé la Direction Générale du Foyer, comblant, si besoin était, le déficit de fin d’année. Pour l’époque, le Foyer était un modèle du genre. Pour les «pensionnaires», logement et restauration mais au 99 de la rue St Georges, elle avait lancé le «restaurant pour dames et jeunes filles» très fréquenté et, comme il fallait penser aux plus démunies, dans le fond de la cour du 99, un bâtiment appelé Salle St Charles était le «réchaud» : les jeunes ouvrières arrivaient avec leur «pot de camp» qu’elles réchauffaient sur des réchauds à gaz installés sur tout un côté de la salle. Tout ce complexe était fréquenté par plus d’une centaine de jeunes.

Mais Madame Finance ne pensait pas seulement au confort matériel de toute cette jeunesse. Elle voulait une authentique éducation.
Pour les pensionnaires, en soirée  car, à l’époque, on ne sortait pas beaucoup  des causeries, des conférences, des fêtes dont la Sainte Catherine était l’une des plus attendues. Madame Finance désirait aussi une formation chrétienne pour ces jeunes. Le Foyer possédait une chapelle (aujourd’hui la cafétéria), les fêtes religieuses étaient préparées avec soin et une retraite annuelle avait un profond retentissement sur la vie des jeunes.
Ce Foyer devait se développer. C’est encore Madame Finance qui prit en charge les aménagements intérieurs des 3ème et 4ème étages.
Voulant consolider l’avenir de la Maison de Famille, elle fonde l’Association du Foyer de la Jeune Fille selon la loi de 1901. L’assemblée constitutive eut lieu le 3 mai 1920 ; l’Association du Foyer de la Jeune Fille fut enregistrée au Journal Officiel le 12 mai 1920. L’Association comprend les bâtiments 99,101 et 103 de la rue St Georges.
En 1922, l’Assemblée Générale ouvre les bâtiments du 101 aux œuvres de la jeunesse : patronage, catéchisme pour enfants et forains,… Ces mouvements prennent en charge les frais généraux de cette partie de l’établissement. En 1923, ce complexe recevait : 50 pensionnaires, 120 jeunes travailleuses au restaurant, 60 travailleuses au « réchaud ».
Cette vie active, joyeuse, éducative se continue dans l’histoire, malgré les démarches officielles aux impôts afin de supprimer l’impôt sur le chiffre d’affaire. Et Madame Finance donne à la nouvelle Association tout ce complexe créé pour la Jeunesse.
Mais la guerre de 1940 arrive, ce qui apporte du changement :

  • Fermeture du restaurant et du « réchaud »
  • Diminution du nombre de pensionnaires, les parents craignant les bombardements pour leurs filles
  • Accueil d’élèves de l’Ecole Normale dont l’internat fermait.

La vie du Foyer continue cependant. Vers 1954, la demande du restaurant est tellement importante qu’il ouvre à nouveau mais, cette fois, dans les locaux du Foyer. C’était une véritable ruche chaque jour entre 11h30 et 13h30. Certaines années, il était servi jusqu’à 200 repas midi. Le restaurant était mixte depuis 1974 ; la vie évoluant, le Foyer devait ouvrir ses portes. On allait beaucoup au théâtre pour les opérettes, aux Jeunesses Musicales salle Poirel et les fêtes continuaient ainsi que les conférences.

Le but de l’équipe d’animation était d’aider la jeunesse travailleuse à prendre sa vie en main, savoir s’organiser lors de son installation en ville, de créer des liens d’amitié avec d’autres jeunes. Ce but a souvent été atteint : il suffit de rencontrer d’anciennes pensionnaires vous disant les bons souvenirs qu’elles gardent du Foyer mais aussi les liens durables qui se continuent par les rencontres, l’aide qu’elles s’apportent mutuellement.

A noter rapidement les transformations réalisées entre 1953 et 1983 :

  • Remplacement du chauffage central
  • Eau courante chaude et froide (1956)
  • Toiture (1961)
  • Douches (1962)
  • Mobilier de toutes les chambres (1960-61-62)
  • Ouverture de la cafétéria (1965)
  • Installation de la nouvelle cuisine (1974)
  • Construction de la « Galerie » (1974)
  • Remplacement de la chaudière (1982)

Il paraît que chaque période de cinq ans environ apporte une transformation dans les activités et les désirs des jeunes. Chaque fois, une adaptation nouvelle est nécessaire. Il y faut beaucoup de patience, d’écoute et d’amour des jeunes.

Anne-Marie STREIFF
Ancienne Directrice